Samedi 24 Février 2018

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Le Prieuré de Bardanac Complément

Le prieuré de Bardanac

par Raphaël Saint Orens

st jaques

Étape sur la route de Saint Jacques de Compostelle pour les pèlerins qui, au Moyen-âge et jusqu'au XVIIIème siècle, se dirigeaient vers ces lieux saints, l'hôpital de Bardanac est attesté par deux actes de 1235. A cette époque, il reçut une donation de «Pélegrine, femme de Raymond Bernard de Blanquefort, chevalier». Il possédait alors une communauté de frères et de soeurs qui vendirent cette même année des biens au chapitre de Saint Seurin de Bordeaux. Ces documents laissent supposer qu'il existait avant cette date.

Pierre Amanieu, Captal de Buch, fit un legs en 1300 à l'hôpital de Bardanac. Gérard Bernet en était prieur en avril 1427 et en avril 1441. En 1426, l'établissement menaçait de tomber en ruines et manquait de ressources pour assurer les réparations nécessaires. En 1459, on sait que l'abbé de Terrasson en était administrateur  (il s'appelait Hugo de La Brosse).

«Le second jour du mois de mars... de la première semaine de Carême de l'année 1503, il y eut une ordination générales dans l'Eglise ou chapelle de Notre Dame de Bardanac... Martre Bonhomme de La Grave, Bénéficier de Sainte Eulalie de Bordeaux, y reçut l'ordre de sous-diaconat qui lui fut confié par un évêque in partibus nommé Pierre, chargé de cette ordination par Jean de Foix, Archevêque...».

«Maison de campagne du Collège de la Madeleine de Bordeaux (1) au XVIIème siècle, le Prieuré ou Maison d'accueil des hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem, Notre Dame de Bardanac fut uni à ce collège en même temps que la cure de Pessac, son annexe (7 juin 1600) ainsi que diverses autres chapelles par le Cardinal François d'Escoubleau de Sourdis». Dans la minute, non datée, d'un mémoire annoté par le P.M. Rovelle et envoyé à Rome à l'époque des discussions entre les Jésuites avec le Cardinal de Bordeaux, on lit : «le collège a deux hôpitaux : Bardenac, maison hospitalière et Saint Jacques (Saint James). Celui-ci en ville... l'autre hors de la ville. L'union fut confirmée plus tard par le pape Clément VIII et par lettres patentes royales des 7 septembre 1674 et avril 1692.

Les revenus du prieuré consistaient surtout en vins.

En 1606 : 16 tonneaux

En 1608 : 28 tonneaux, 3 barriques

En 1648, Bardanac et ses annexes rapportaient 3294 livres. En 1669, ce vin était vendu 40 écus (120 livres) le tonneau, soit 20 livres de plus que le prix courant des vins de Bordeaux. De 1743 à 1757, les comptes estiment en moyenne les revenus de Bardanac à 6019 livres, ses charges à 853 livres et de 1760 à 1761, les revenus ont été de 14280 livres et les charges de 11245 livres.

Un procès verbal dressé le 8 août 1673 par Pierre de Malescot, Conseiller du Roi, lieutenant général de la Sénéchaussée de Guienne donne une description des prieurés hospitaliers de Saint Jacques (ou James) et de Notre Dame de Bardanac. Il dit ce dernier «en bon état et bien entretenu, pourvu de chambres, lits, meubles et autres choses nécessaires servant à recevoir et à héberger lesdits pèlerins qui viennent de Saint Jacques en Galice en Espagne, et que dans ledit hôpital tous les dits pèlerins malades y sont reçus et très bien soignés avec tout le zèle et piété, et à la satisfaction et soulagement de tous les susdits pèlerins...», «lequel hôpital est situé sur le bord du grand chemin qui conduit de Bordeaux à Bayonne, du côté du couchant, et l'église (2) ou chapelle en dépendant, sur l'autre bord dudit chemin et vis à vis de l'hôpital, du côté du levant, .... est bien carrelée, lambrissée par le haut et les murailles bien blanchies et en bon état... les vitres d'icelle étant fort bien, et ayant un beau retable travaillé en sculpture au maître-hôtel, et à chaque côté un pareil autel avec des tableaux qui font une partie de l'ornement et beauté de ladite église, et une chaire élevée servant pour la prédication... [Quant aux ornements pour dire la sainte-messe] ...Ils sont fort beaux et ressemblent plutôt à ceux d'une importante ville que d'une église de campagne. Et avons aussi vu au haut du clocher d'icelle une cloche d'une médiocre grosseur servant pour appeler le peuple aux saints offices [célébrés dans ladite église] à côté de laquelle, vers le nord, avons vu un cimetière et dans le milieu d'icelui une croix de pierre élevée, travaillée avec architecture...»  «Et étant entrés dans ledit hôpital [avons vu] ... une belle chambre basse en bon état et tenue proprement.... ». «Nous a été dit par Michel Simondin (3) que ledit collège tient audit lieu en qualité d'hospitalier, qu'il y passe journellement des pèlerins qui vont et viennent de Saint Jacques [de Compostelle]  auxquels il distribue la charité selon la coutume». En 1660, l'hôpital Saint James de Bordeaux a accueilli 98 pèlerins malades (4).

C'est donc au début du XVIIème siècle que les biens de Notre-Dame de Bardanac furent dévolus au collège des révérends pères jésuites qui les conservèrent jusqu'à la Révolution. Jusqu'alors, les processions venant de Pessac, Gradignan et Talence, venaient chaque année honorer et prier Notre-Dame de Bardanac dont la chapelle fut détruite à la fin du XVIIIème siècle.

La République expropria en 1793 le domaine et ses dépendances qui furent déclarés «bien national» (soit, le domaine : 156 journaux (6), 10r., 6c. - charmilles : 4 journaux, 28 r., 6c. - vignes et enclos : 39 journaux, 30 r.- taillis : 57 journaux, 13 r. - landes : 27 journaux, 15 r. - garenne : 4 journaux, 5 c. - labour : 3 journaux, 19 r., 7 c.- prairies : 18 journaux, 18 r.. Estimé : 45000 livres. Quant à son annexe : 6 journaux, 21 r., 9 c. dont maison, terres et vignes 2 journaux : 2 journaux. Estimée 4000 livres. Le 22 avril 1793, le tout fut adjugé à Prault pour la somme de 137500 livres. Ce dernier revendit Bardanac le 10 Pluviose An II à La Lande (21550 livres) qui le revendit à son tour à Mme Carrié-Sénilhes la 18.12.1806. Celle ci le vendit aux frères Chaulet le 6 février 1807 auxquels l'acheta Laurent Flameric de Lachapelle le 9 février 1810.

(1) Collège des Jésuites

(2) Quelques tronçons de colonnes, provenant de cette chapelle, qui soutenaient un pressoir de «Tétard», ont été transportés en 1973 à Langoiran (à Chauvin, propriété de Garaud, descendants de Laurent de Lachapelle).

(3) Prieur

(4) Selon une tradition familiale, Laurent Flameric de Lachapelle accueillit à Bardanac les derniers pèlerins de Saint Jacques de Compostelle. Il les logeait dans le porche de sa propriété et était parfois gratifié, à leur retour, de quelques pieuses médailles.

(5) Mesure de superficie correspondant à la quantité de terrain qu'un homme pouvait labourer en un jour.

Bibliographie

[1] Abbé Baurein, Les variétés bordelaises,  pp. 332-334

[2] Les établissements jésuites en France, Tome 3, p. 524

[3] A. Nicolaï, Saint Jacques de Compostelle, Editions Ferret, 1897

[4] Les Jésuites à Bordeaux - Comptes-rendus des travaux de la Commission des documents et documents historiques de la Gironde, 1853-1854

[5] Catherine Fénelon,  Les établissements hospitaliers dans le diocèse de Bordeaux au Moyen-Âge, Université

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